Conclusion: les huiles essentielles sont elles dangereuses ou bienfaitrices??

 

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Le débat est sensible, et les avis divergent en particulier en matière de cosmétique, secteur moins régulé qu’en matière médicamenteuse.
Certains préconisent l'interdiction des huiles essentielles dans les cosmétiques arguant qu'elles possèdent un extraordinaire pouvoir de pénétration cutanée.
De une à quelques heures suffisent, par simple diffusion, pour en retrouver des traces dans le sang et les urines après une application cutanée. C'est ce qui fait leur efficacité, c'est aussi ce qui peut représenter un danger. Une preuve en est que l’emploi des cosmétiques aux huiles essentielles est absolument déconseillé pendant toute la grossesse (pour protéger le fœtus), ainsi que pour les bébés.
Certains dermatologues complètent l'argumentation en s'appuyant sur la présence de molécules allergènes dans la quasi-totalité des huiles essentielles. Même si elles ne posent évidemment aucun problème pour les personnes qui n'y sont pas sensibilisées, leur recrudescence dans les cosmétiques et leur emploi de plus en plus généralisé contribue à multiplier les contacts avec elles. La répétition de ces contacts, chaque jour et même plusieurs fois par jour, par le biais parfois de plusieurs produits différents peut créer à terme des sensibilisations qui font le lit des vraies allergies. Le phénomène est renforcé du fait de leur caractère éventuellement irritant, les irritations à répétition favorisant elles aussi les sensibilisations et l'apparition d'allergies.
 
Les responsables en matière de réglementation ont une forte réticence face à l'utilisation des huiles essentielles. C'est que ce sont là des substances qu'il est bien difficile de caractériser de façon précise et immuable. Deux huiles essentielles d'une même partie de deux végétaux de la même espèce peuvent ne pas avoir exactement le même chémotype, pour peu que les végétaux en question aient poussé dans des conditions différentes. De plus, les huiles essentielles peuvent évoluer avec le temps, notamment avec l'apparition de composés de dégradation. Comment évaluer et réglementer ces substances à la stabilité aléatoire, qui peuvent de plus réagir différemment selon la façon dont elles sont mises en synergie, quand ce n'est pas interagir avec leur contenant ? Pour eux le principe de précaution doit être retenu.
Beaucoup d'utilisateurs, de prescripteurs d'huiles essentielles, de fabricants de matières premières ou de cosmétiques naturels ont une vision bien différente et opposent l'expérience d'une utilisation millénaire des molécules aromatiques.
On dispose des huiles essentielles depuis la nuit des temps, elles sont intégrées dans les protocoles thérapeutiques et cosmétiques comme dans les produits de parfumerie depuis toujours, on connaît leurs contre-indications, les précautions d'emploi à respecter pour les utiliser sans risque d'effets indésirables. Pourquoi se priverait-on de ces substances si efficaces en cosmétique, si ce n'est dans le cadre d'une offensive acharnée des laboratoires traditionnels à l'encontre du secteur commercialement très porteur de la cosmétique naturelle ?
Concernant leur capacité toxique, ces spécialistes indiquent que c'est la dose qui fait le poison. Dans les cosmétiques vendus directement au public, les huiles essentielles ne sont présentes qu'en quantités très limitées, ne représentant généralement qu'environ 0,1 à 0,2 % maximum de la formule. Rien qui soit susceptible de porter atteinte à la santé du consommateur.
D'autant que les huiles essentielles sont mélangées à d'autres ingrédients comme des huiles végétales, des émollients... tout un excipient qui limite leur pénétration cutanée comme leur potentiel irritant.
Dans l'hypothèse d'un produit fortement dosé, pour ces spécialistes il serait très difficile à formuler, ne serait-ce que pour assurer sa stabilité . Son odeur, très forte, serait d'autre part un frein à sa commercialisation : les consommateurs seraient rebutés et n'en voudraient pas et enfin son prix de revient serait exorbitant.
Enfin, la réalité du risque allergique et surtout son acuité ne reposent sur aucune étude scientifique sérieuse, s'indignent les défenseurs des huiles essentielles Même la "liste des prétendus allergènes" soumis à une obligation d'étiquetage, est très contestée. Et de souligner qu'au contraire, certaines huiles essentielles peuvent être utilisées avec succès dans le traitement thérapeutique des allergies !
Certains avis sont plus nuancés que ces avis extrêmes. Ainsi, certains experts, aromathérapeutes, pharmaciens, spécialistes en huiles essentielles défendent globalement leur utilisation en cosmétique, même s'ils nuancent parfois leurs propos de quelques réserves ou mises en garde.
Pour ces derniers, un cosmétique "aux huiles essentielles" est un cosmétique comme les autres, soumis aux mêmes règles que les autres, notamment celles édictées pour assurer la sécurité du consommateur. Il est ainsi assujetti, avant sa mise sur le marché, à une évaluation de la sécurité effectuée par un expert toxicologue. Une bonne garantie d'entrée, meilleure encore il est vrai, si l'expert toxicologue est indépendant du laboratoire fabricant le cosmétique et ne fait pas partie de son personnel permanent...
 
Ce qui n'empêche de rappeler quelques principes de bonne utilisation des cosmétiques aux huiles essentielles pour éviter les mauvais usages, éventuellement responsables d'effets indésirables qui n'interviendraient pas en conditions normales :
• lire les précautions d'emploi avant utilisation et les respecter scrupuleusement, particulièrement par exemple, si l'application du produit est déconseillée sur le contour des yeux ou son utilisation pour les jeunes enfants,
• respecter les dates de péremption et les durées d'utilisation indiquées après la première ouverture : si le risque allergique est généralement faible, il peut être considérablement accru au fil du temps, notamment du fait de la formation des composés de dégradation des huiles essentielles et des parfums, bien plus allergisantes que les molécules d'origine.